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Business models

Devenir Mobiquitaire

  • Pascale Luciani-Boyer
    Dirigeante de NeoXpective

Tenter de dessiner les nouvelles habitudes de vie des quinze prochaines années c’est mesurer l’extraordinaire rapidité des changements intervenus dans les 15 précédentes. Elle s’explique par une raison toute simple, la massification et l’appropriation généralisée et planétaire de l’usage numérique, avec son acception minimaliste qui est aujourd’hui le smartphone.

La conséquence de cet objet personnel qu’est le smartphone, une extension de soi dans la poche de tout à chacun, est la mobiquité. La possibilité donnée par la mobilité et le numérique d’être enfin en même temps dans différents lieux. Un rêve atteint de l’homme qui autorise l’interpénétration des sphères professionnelle-personnelle-associative et autres.

Je suis sur mon lieu de travail mais je commande en quelques minutes un billet de train pour mes vacances et confirme sur la plateforme de mon association ma participation à la tenue des stands. L’ensemble de ces actions réalisées durant la même tranche horaire considérée comme travaillée, puisque géolocalisée sur mon lieu de travail, démontre que les notions d’espace temps et de lieux sont redessinées. Je suis devenu Mobiquitaire

Le temps augmenté : je travaille quand je veux

Dans cette appropriation collective, déjà réelle, des outils et de ses usages, une répartition nouvelle du temps est à l’œuvre qui met en difficulté notre sacro-saint répartition du temps de travail. Qui n’a pas répondu à un email professionnel lors d’un week-end ou en congés et vice-versa ? La mobiquité abolie les notions de temps y compris dans le monde du travail et surtout de sa valorisation par le temps passé au travail qui est devenu en 2030 très complexe à évaluer même dans l’exercice de l’ emploi dit « posté ». Cette extension par « duplication » du temps me permet de multiplier mes actions et d’être agile dans cette nouvelle société accélérée. Je répartis de mieux en mieux mon temps et mes équilibres entre travail, famille et engagement, grâce à cette mobiquité qui m’offre une nouvelle liberté d’organisation et d’optimisation. Cette agilité de modération des temps diminue les barrières entre famille et travail et ouvre des portes à une meilleure répartition hommes-femmes des activités partagées.

Les lieux augmentés : je travaille où je veux

Cette mobiquité réinterroge également la notion de lieu pour réaliser le travail. Encore trop souvent réservé aux seuls cols blancs en 2015, le travail à distance, le télétravail en 2030, se pratique en équipe ou, quand il est isolé se développe et se délocalise. Le travail n’est plus segmenté par catégorie séquentielle de tâche à accomplir pour atteindre un objectif mais par catégorie de tache présentielle ou non. Je réorganise mon travail en fonction du lieu où je me trouve et non nécessairement dans l’ordre naturel de sa progression. Je réside maintenant plus loin, encore plus loin de mon lieu de travail, plus loin que jamais et pourtant personne n’en sait rien et ne s’en préoccupe. La difficulté de la mise en place de mobilité fluide ainsi qu’une densification grandissante des lieux d’activité urbaine en parallèle d’un aménagement numérique haut débit du territoire de la France a fini par peser sur les flux de captation de population des grandes métropoles au profit pour ceux qui peuvent s’en extraire vers du périurbain voir semi rural. Ainsi mon collègue de « bureau » habite Londres ou Bordeaux et nos réunions physiques sont à Paris où se trouve le siège. Les gares et les hubs de connexion de population sont les nouveaux lieux de vie et de travail momentané entre deux rendez-vous que je concentre en fonction de mes déplacements. Mon bureau est partout dans les gares ou aéroports, dans des endroits typiques au centre des villes du monde ou bien chez moi. Les lieux nouveaux dits tiers se sont développés et les mètres carrés de bureaux inutilisés dans les entreprises ont diminué. Les espaces et les lieux se mutualisent à l’intérieur des entreprises et à l’extérieur. Tout le monde s’y retrouve et l’optimisation est souveraine au pays des lieux divers adaptables et échangeables les tiers lieux.

Un pour tous, tous pour un et tous pour tous

Si la mobiquité a permis une interpénétration des temps et de l’espace, l’ère du numérique plus largement ouvre de nouvelles possibilités de superposition de diverses activités impossibles avant.

Un job pour plusieurs employeurs / clients : un pour tous

Le travail fourni au profit d’un employeur qui était la règle commune il y a quelques années encore devient rare. J’ai maintenant plusieurs employeurs différents pour le même job car mon talent est reconnu mais est parfois trop onéreux pour un plein temps supporté par une seule structure. Ainsi, les compétences sont utilisées par de nombreux employeurs devenus progressivement des clients faisant de moi non plus un salarié mais un gestionnaire de mon activité professionnelle. Cette mutation sociale du travail, conséquence des pressions sur l’emploi qui pesaient, ont favorisé un autre système dans lequel, la perte d’un travail devient moins préjudiciable. Une bonne vieille méthode que de ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier s’applique enfin à l’emploi qui s’en éloigne de plus en plus que le travail augmente.

Plusieurs jobs pour moi : tous pour un

Je ne pouvais pas exercer en tant que coiffeuse et à la fois revendeur de matériel de pêche. Dans ma vie en 2030 c’est possible. Grâce au numérique, j’offre un service de coupe et pendant ce temps sur le web j’anime et organise ma plateforme locale de revente de matériel de pêche qui me demandera quelques heures de gestion ce soir.

Plusieurs jobs pour plusieurs clients/usagers/employeurs

Très installé maintenant dans notre ère numérique celle du « tous pour tous », que j’ai décrit en 2014 dans L’Elu face au numérique aux éditions Berger Levrault, et depuis l’explosion des plateformes devenues les reines du service à la personne, je gère différentes nouvelles sources de revenus basées sur l’usage et le service plutôt que sur la possession d’objet et leur revente. Ainsi je me transforme en chauffeur avec Uber ou Blablacar, en hôte de touristes venus visiter notre belle région avec Airbnb. Ainsi je multiple les sources d’activité en fonction de mes différents talents et de mes envies.

Biographie

Engagée dans le secteur des Technologies de l’information et de la communication depuis plus de 15 ans par passion, Dr des sciences, diplômée de Sciences Po Paris , de grande école de commerce ICN et de l’IAE pour l’administration des entreprises, Pascale Luciani-Boyer s’intéresse à la transformation de la société à l’aune des NTIC et est devenue au fil des années experte des sujets numériques liés aux usages et à leur impact sociétaux dans les territoires. Dirigeante d'un cabinet d'expert NEOXPECTIVE et vice-présidente du Medef. Elle est membre du Conseil National Numérique CNNum nommée par le ministre depuis avril 2013 et vice-présidente de mouvement politique Génération Citoyens.

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Commentaires (1)

  • philippe
    23.10.2015

    « Petite » erreur dans votre article. Madame Luciani est vice présidente de Génération Citoyens et non de Nous Citoyens

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