(1)
Business models

L’école en 2030

  • Brice Gaillard
    Co-fondateur et directeur général d'Apolearn

Le 4 mai 2030, l’OCDE a publié les résultats du dernier classement Pisa, qui évalue dans 65 pays, les compétences des élèves de 15 ans. Avec une progression de 15 places en 15 ans, le classement confirme la réussite de la transition numérique dans l’éducation et des réformes menées depuis plus de 10 ans en France.

Adeline est enseignante d’histoire / géographie au Lycée Jehan de Chelles. Quand on rentre dans sa salle de classe on pourrait croire que rien n’a changé depuis le début du siècle. Pourtant quand on regarde de plus près certains détails nous confirment que l’école est bien passée à l’ère du numérique. Les tables sont organisées en îlot où des petits groupes d’élèves échangent et travaillent, tablettes à la main, sur l’un des nombreux projets qu’ils ont à réaliser durant l’année. Pendant ce temps, l’enseignante passe, de groupe en groupe, pour aider et répondre aux questions des élèves.

Adeline nous raconte : “Depuis mon entrée à l’Éducation Nationale, mon métier a radicalement changé. Il y a encore quelques années, mon travail consistait à réciter le même cours, de classe en classe et d’année en année devant des élèves presque amorphes. Aujourd’hui, je suis une vraie ingénieure pédagogique. Mon but est de rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages tout en concevant mon cours de manière à encourager l’échange et le partage en classe.” Cette méthode d’enseignement est rendue possible grâce à ce que l’on appelle la Classe Inversée. De nos jours, les enseignants ne donnent plus de devoirs à faire à la maison, à la place, ils transmettent aux élèves des cours interactifs consultables depuis leur tablette et leur smartphone. Cela permet de libérer du temps en classe pour faire pratiquer les élèves et revenir sur les points mal compris. “En faisant apprendre les leçons avant la classe, je peux passer beaucoup plus de temps avec les élèves en difficulté pendant que les meilleurs élèves travaillent sur des exercices plus complexes où aident les autres à faire leurs exercices.” témoigne Adeline.

Plus de temps passé avec l’élève

Pour Paul, parent d’élève, l’école a bien changé depuis qu’il a quitté les bancs de l’université. La plateforme d’apprentissage mise à disposition par le lycée lui permet de suivre au jour le jour la progression de son enfant. Si les résultats de son fils chutent brutalement, Paul est averti par texto et peut se connecter à la plateforme pour discuter avec les enseignants et savoir comment aider son enfant.

Il apprécie également les vidéos de cours données à son fils par les enseignants. “Une de mes craintes quand j’ai eu des enfants était de devoir les aider à faire leurs exercices de maths. La trigonométrie ce n’était pas mon point fort. Avec la Classe Inversée, je peux regarder les vidéos de cours avec mon fils et l’aider s’il en a besoin.” Cette manière de faire est d’ailleurs plébiscitée par les parents d’élèves. En permettant aux parents d’aider plus efficacement leurs enfants et aux enseignants de passer plus de temps avec les élèves en difficulté, le budget des familles alloué au soutien scolaire a fondu.

Odile, conseillère au Ministère de l’Éducation Nationale, revient sur la progression de la France au classement Pisa. “Pour amorcer la transition numérique dans l’éducation, la première chose que nous avons mise en place est un grand plan d’équipement des établissements scolaires. Il y a encore 15 ans, s’appuyer sur le numérique pour enseigner était un vrai défi. Les établissements n’étaient pas équipés en fibres optiques et bien souvent les enseignants ne disposaient que d’une salle informatique par établissement.” confie la conseillère. “Imaginez une entreprise, où pour répondre à un mail ou utiliser Skype, il faut réserver une salle informatique deux semaines à l’avance sans être sûr que la connexion internet tiendra la route. En 2015, l’école française était comparable à un pays du tiers monde. Le seul moyen d’accès à internet était le téléphone portable des élèves” renchérie Odile.

Les véritables changements ont été amorcés par la réforme “Enseigner à l’ère de l’information” dont l’objectif était de généraliser les nouvelles méthodes d’enseignement facilitées par le numérique. Pour cela, l’organisation du Ministère a été revue pour faciliter les échanges et les retours terrains. “A l’époque, l’une des principales difficultés était de faire remonter les pratiques innovantes. La hiérarchie, beaucoup trop lourde, et la peur du jugement de la part des enseignants empêchaient ce dialogue. Nous avons donc commencé à mettre en place des canaux directs avec le terrain, comme le réseau social professionnel des enseignants, que nous avons lancé il y a plus de 15 ans et qui nous a permis d’instaurer une relation bottom-up avec les enseignants.” Aujourd’hui, le ministère agit comme un véritable community manager auprès de ses enseignants.

La fin du tabou « big data »

L’autre révolution au ministère est le big data. Encore tabou 10 ans auparavant, il permet maintenant d’avoir une vision au jour le jour de l’efficacité des réformes. Avant il fallait attendre les examens de fin d’année pour savoir si les reformes portaient leurs fruits. Aujourd’hui avec le big data, le ministère peut savoir avec précision ville par ville, académie par académie le niveau et la progression des élèves selon différents critères. Cela permet d’affiner les efforts et mettre les moyens dans les zones qui en ont véritablement besoin. “Cela n’a pas été facile à mettre en place. Beaucoup d’entre nous avaient peur de l’effet Big Brother. Nous avons eu une approche très pédagogique pour faire comprendre que l’objectif n’était pas de fliquer les enseignants ou de pointer du doigt les établissements à la traîne mais de mieux évaluer l’efficacité de nos dispositifs.”

Il aura fallu plus de 15 ans pour faire passer l’école de l’ère industrielle à celle de l’information. Les bouleversements amenés par cette révolution numérique ont cependant porté leurs fruits et permis à la France de se doter d’un des meilleurs systèmes éducatifs du monde.

Biographie

Brice Gaillard est le co-fondateur et le directeur général d'Apolearn (apolearn.com)

(1)
Cet article vous a plu ? Retrouvez une sélection des meilleures contributions dans notre hors-série.

Commentaires (1)

  • Mounir
    04.11.2015

    Merci pour cette vision très pertinente de l’usage des technologies pour les enseignants. Concernant le BigData, il sera peut être aussi orienté sur les élèves, voire plus que les enseignants. Le profilage et l’analyse de la progression des élèves seront certainement très recherché. Des expériences sont déjà en cours, notamment par l’usage des Jeux Vidéos pour l’apprentissage et surtout par les neuro-sciences qui permettent d’adapter la pédagogie….L’école est une véritable FabLab par définition….

Commenter cette page

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.