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Business models

Un roman de science-fiction ?

  • Christine Marsan
    Psycho-sociologue

En 2030, l’activité primera et le travail sera une petite partie des modalités que l’être humain aura choisi pour agir pour le bien commun. Premier signe d’ubérisation du mot travail : son étymologie liée à l’effort (tripalium : instrument de torture) sera dépassée. Chacun travaillera en fonction de ses goûts, engagements et motivations. Changement radical de civilisation, le rapport à l’action sera modifié en profondeur.

Il utilisera des plateformes de type Meet-up dédiée à la géolocalisation des opportunités d’activités. Le woofing sera étendu à toutes les formes d’activités et se pratiquera également en ville, chacun proposant ses services contre hébergement et apprentissages. Les modalités d’échange et de coopération seront diversifiées entrainant une grande variété de nouveaux business modèles qui ne seront plus régis par la loi et l’Etat mais co-développés en ligne à partir de briques open source par les citoyens et administrés par des chartes de bonne conduite citoyennes accessibles en mode wiki et régulées internationalement par des collectifs anonymes d’hackers dédiés.

Les écovillages transgénérationnels mutualiseront leurs ressources et du travail sera produit des plus jeunes vers les plus âgés, avec des compensations en troc, en monnaies de réputations et monnaies alternatives. Chacun contribuera en fonction de sa santé et de ses talents pour mutualiser et valoriser les compétences et les apports singuliers en valeur collective.

Le triomphe du Bonheur Intérieur Brut

L’Etat ayant été mis en faillite par Bruxelles, le principe du fonctionnariat aura quasiment cessé et la majorité des personnes réaliseront leurs activités en format d’auto-entrepreneur ou assimilé. Les formalités administratives auront considérablement diminué et une grande variété de statuts existera, encourageant l’autonomie et la liberté d’entreprendre. Ils faciliteront la réussite et le rebond.

Le salariat existera toujours mais sera très minoritaire et les systèmes bancaires de prêts ne seront plus indéxés sur les salaires mais sur les rapports d’activités, les indices de réputation et de contribution au bien commun.

Le crowdfunding, en Peer-to-Peer ou Business-to-Business, aura supplanté les banques privées et les banques d’Etat auront repris leur fonctionnement pour soutenir les investissements importants. Les impôts seront repensés de manière à ce que les citoyens votent pour prendre les décisions nationales, régionales, départementales et locales. Des plateformes démocratiques permettront ces débats et des votes redistribuant également les cartes de la représentation démocratique.

Les personnes auront souvent plusieurs activités locales et en mode télétravail, répartissant leur temps entre ce qui contribue au sociétal, environnemental ou social et les activités ludiques et bénévoles. Les campagnes seront réinvesties et les potagers bios auront aussi leurs entrées dans l’économie globale, participant à nourrir les villes et comptant dans le BIB (Bonheur Intérieur Brut). En effet, les critères mondiaux de valeur auront été inversés, le PIB remplacé par le BIB, avec comme critère majeur le fait que chaque action contribue au vivant et à la préservation de tous les règnes. Ainsi, celles et ceux qui contribueront directement (par leur main d’œuvre) ou indirectement (par l’argent donné) au développement de ces activités recevront des rétributions (monnaie de réputation) leur permettant de contribuer dans l’économie. Les applications seront multiples pour optimiser les échanges entre les citadins et les néo-ruraux pour que chacun exprime ses besoins (consomm’acteur) et producteur qui pourra montrer avec sa production augmentée ce qui a poussé le jour même ou dans la semaine et chacun pourra composer son panier de légumes selon le terreau choisi. Les drones réaliseront les transports. A l’aller ils diffuseront les éléments nutritionnels nécessaires à la terre et identifiés par des capteurs et au retour ils rapporteront les paniers de légumes auprès des consomm’acteurs. Les composants des drones seront biodégradables et au bout de 5 ans de vie, ils participeront au compost. L’économie symbiotique sera devenue le modèle dominant.

L’activité bénévole sera reconnue et comptabilisée à partir de différents critères de mesure (contribution au bien commun, créateur de lien, facteur d’innovation, résolution de problèmes sociétaux). Le chômage aura disparu car le revenu de base assurera une rétribution équivalente pour tous couvrant les besoins de base et laissant chacun libre de créer d’autres activités. Et les pratiques de compagnonnage seront généralisées pour soutenir celles et ceux qui auront besoin de revalorisation pour contribuer à nouveau suite à un moment délicat dans leur vie Les activités dites ménagères seront également reconnues et apporteront des points de rétribution en monnaie alternative à l’Euro permettant aux hommes comme aux femmes de pouvoir choisir leur investissement familial.

Evaluation démocratique

Les rétributions liées à la santé, à l’éducation seront revalorisées et toute activité, précédemment privée ou publique, sera soumise à évaluation sous la forme de vote démocratique en utilisant les plateformes développées par Démocratie OS. De cette manière il y aura interaction immédiate entre usages et prestations.

Chacun aura son profil interactif sur Internet, profil sur lequel il pourra lire quotidiennement son évaluation publique en fonction de sa contribution au bien commun : diffusion d’informations utiles et positives, codification en open source partagée, évaluation des modes d’expression… Lescritiques gratuites et insultes entraineront une dépréciation du profil, au contraire des avis positifs et contributifs qui le valoriseront. Le lien social sera optimisé grâce à des applications dédiées aux communautés, regroupées par centres d’intérêt. Les profils de compétences seront alliés aux profils de contribution au bien commun et les plus actifs auront une réputation qui participera à leur valeur et à leur employabilité. Tout être humain sera visible comme client, en recherche d’activité, offrant des services ou des propositions d’activités.

Chacun sera autorisé à travailler en fonction de ses goûts et possibilités, des enfants aux personnes âgées. Chacun contribuant selon ses souhaits et compétences.

Les Mooc et modèles plus élaborés de compagnonnage virtuel faciliteront l’apprentissage à tout moment de la vie et permettront de fluidifier les périodes entre le temps de la scolarité, celui du travail et celui de la retraite.

La coopération aura été enseignée dans les écoles qui auront intégré les clés de connaissance et d’estime de soi. Elles permettront le développement d’êtres humains autonomes, qui sauront gérer leurs peurs et leur violence pour développer des attitudes de coopération adaptées à un monde dorénavant peuplé de presque 9 milliards d’êtres humains.

Biographie

Christine Marsan, psycho-sociologue, experte en accompagnement des changements et des mutations, executive coach, elle pose sur le futur le regard de l'essayiste et de l'écrivain de romans de science-fiction. 

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