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Business models

Vers une « scientisation » des métiers

  • Sébastien Corniglion
    Directeur général en charge de la Pédagogie et Recherche chez DSTI

La « scientisation », que l’on peut traduire par « transformation digitale » ou par paraphrase « l’utilisation de techniques quantitatives assistées par ordinateur », de tous les métiers va s’accélérer dans les 15 prochaines années. Et cette transformation ne concerne pas que les « cols blancs ». Il suffit de penser au mécanicien qui se transforme en électro-informaticien ou au restaurateur de quartiers qui met en place des commandes en ligne sur son site et observe les comportements consommateurs sur Google Analytics.

Et les « cols blancs », issus des filières scientifiques et technologiques ou des sciences humaines et sociales, devront, pour les premiers, apprendre à construire des méthodes et outils pour extraire de la connaissance opérationnelle du déluge de données, et pour les deuxièmes être formés à l’exploitation experte de ces outils.

En 2015, les organisations sont dans une recherche effrénée de Data Scientists et d’analystes Big Data : une rapide recherche sur les canaux usuels (Linkedin, Monster, APEC) montre plusieurs milliers d’offres relatives à la « data ».

On peut aussi noter que ces postes concernent essentiellement des diplômés à niveau bac+5 voire doctorat, mais qui ne sont pas systématiquement pourvus. En effet « l’oiseau » à la quadricompétence (système d’information, mathématiques appliquées, applications métier ainsi qu’éthique et droit) est encore bien « rare » en 2015.

Cette demande transforme profondément les business models des filières scientifiques de l’Université et des Écoles d’Ingénieurs, tout comme ceux des études de commerce et de management. Elles sont d’ailleurs en train d’apprendre à collaborer pour à la fois proposer des cursus répondant aux besoins des futurs cadres dirigeants de 2030, mais aussi pour faire face à la concurrence des « pure-players » de ce secteur de l’enseignement supérieur.

Pour autant, il ne faudrait pas oublier que cette fabrique de l’excellence sur des niveaux bac+5 devra obligatoirement se compléter de formations pour les fonctions support à ceux-ci, dont les organisations auront rapidement besoin. Passé le « buzz » de Big Data de notre décennie, les organisations auront intégré cette composante au cœur de leur développement et il sera vite impensable d’imaginer des Chief Data Officers ou des Chief Digital Officers sans leurs équipes stratifiées.

La France est de nouveau bien placée dans cette réflexion et compétition internationale, car elle s’est équipée dès les années 60 d’une très puissante fabrique de ces « techniciens supérieurs » : les Instituts Universitaires de Technologie (IUT). La raison d’être des IUT était d’ailleurs strictement identique à celle que nous décrivons, pour les besoins de l’époque.

La France de 2030 aura, grâce à son talent mathématique et ses écoles supérieures d’application nouvelles ou anciennes, sans aucun doute triomphé dans sa production de Data Scientists et d’Analystes Big Data, mais il lui faut impérativement transformer dès maintenant la perle que sont nos IUT vers un véritable niveau international de « bachelor » (licence) pour répondre aux besoins de la transformation digitale de nos entreprises.

Biographie

Ingénieur Informatique, Sébastien est diplômé de l’Université d’Edinbourg : Master of Business Administration en 2007 et Master of Science in Computer Science en 2006. Joint Bachelors of Science in Computer Science & Business Studies en 2005.
Il prépare actuellement un Doctorat en Sciences de Gestion, sp. SI & Marketing de l'UNS, Sophia-Antipolis.
Il enseigne depuis sept ans dans le supérieur notamment à l’Université Nice Sophia Antipolis, à l’EDHEC et à l’IDRAC.
Il a créé avec Léo Souquet la SSII makeITdynamic.

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