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L’hôpital de 2030 : une institution délocalisée grâce aux nouvelles technologies

  • Franz Bozsak
    Président & co-fondateur d’Instent

Pour le secteur médical et les systèmes de santé publics, le plus grand défi aujourd’hui est de réussir à maîtriser, voire réduire, l’importance des coûts. Dans cette optique, l’hôpital de 2030 deviendra une institution délocalisée grâce aux nouvelles technologies et notamment aux nouveaux dispositifs médicaux. Bien que ces derniers deviennent de plus en plus onéreux, ils induisent – sur le long terme – une réduction des coûts d’un point de vue global, puisque le diagnostic pourra être plus précis et réalisé plus tôt. Les nouvelles technologies changent donc, peu à peu, notre vision de la santé et du suivi médical.

De plus en plus d’objets connectés sont conçus pour permettre aux particuliers de surveiller leur santé : capteurs de rythme cardiaque inclus dans les bracelets connectés, tensiomètres ou encore lecteurs de glycémie connectés. Cette tendance ira au-delà du « quantified self » dans les années à venir et pourra se développer sur des terrains de plus en plus pointus.

Les dispositifs médicaux sont tous connectables, a fortiori les implants, qui pourront ainsi recueillir des informations pertinentes auxquelles le médecin n’a aujourd’hui accès qu’en passant par des méthodes invasives – et donc onéreuses, avec l’obligation de faire venir le patient à l’hôpital. Ces nouveaux dispositifs permettront de personnaliser les traitements et le suivi, mais aussi d’offrir aux patients la possibilité de retrouver plus rapidement leurs quotidiens.

Mais, pour que les bénéfices de tels dispositifs puissent faire leurs preuves en 2030, il est nécessaire que le dogme de la « evidence-based medicine » (médecine basée sur les preuves) – qui nécessite de grands essais cliniques randomisés contrôlés (RCTs) – change. Entreprendre de telles études coûte cher et les résultats obtenus décrivent le patient de norme, cependant ce dernier ne représente pas nécessairement la norme réelle d’un individu. Cela remet donc en question la valeur et la transposabilité des résultats à des individus ne correspondant pas aux critères « normaux » ; par exemple, les patients présentant des comorbidités ne sont pas nécessairement représentés dans les RCTs.

Les dispositifs médicaux connectés permettent une prise en charge plus personnalisée, mais la démarche est basée sur un apprentissage des données, qui n’est pas toujours compatible avec les habitudes de l’«evidence-based medicine ». Il faudra donc que l’ensemble du secteur médical reconnaisse le bien fondé de cette nouvelle vision. Par ailleurs, un des challenges sera d’identifier le plus tôt possible quelles innovations méritent d’être développées ou non. Il est en effet difficile de prédire en amont quels bénéfices il sera possible de tirer d’une innovation ou d’une autre – mais leur développement coutant cher, il est primordial de se concentrer sur les projets les plus pertinents.

Par ailleurs, les hôpitaux sont obligés d’être de plus en plus efficaces. Aux Etats-Unis par exemple, ils sont déjà évalués sur leurs succès, et le budget qui leur est alloué découle de cette analyse. Cette tendance arrive également en Europe et les dispositifs médicaux connectés pourront s’avérer être des alliés de taille pour les hôpitaux puisqu’ils permettront :

  • d’effectuer des diagnostics plus rapides et pointus
  • d’assurer un suivi du patient sans que ce dernier ne se déplace au sein de l’établissement
  • d’offrir une meilleure prévention

Les patients atteints de maladies chroniques – comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires par exemple – seront traités presque uniquement hors des murs de l’hôpital avec un monitoring dans leur environnement habituel et un accompagnement individualisé pour les aider à adopter un mode de vie adapté à leur maladie.

Bien que la réduction des coûts soit un des objectifs de ces innovations, il est inopportun d’interpréter cette dernière uniquement en se basant sur le budget de la santé publique. La société et l’économie dans sa globalité doivent être prises en compte. Si un patient est soigné plus rapidement et si son séjour à l’hôpital se voit raccourci, alors il pourra reprendre son activité plus rapidement, tout comme ses proches, qui mettent souvent leur vie professionnelle entre parenthèse lors d’une hospitalisation. L’évolution du dogme dans la santé, les réductions des coûts et les dispositifs médicaux connectés sont donc des tendances interconnectées.

Il est toutefois important de répondre à des besoins cliniques réels avec des données pertinentes. Ces dernières permettront ainsi d’intervenir de plus en plus précocement pour que les problèmes puissent être affrontés avec, par exemple, un changement de style de vie. L’important est que le patient puisse devenir autonome, via une meilleure éducation de lui et de ses proches. Cette prise de conscience sera accompagnée de données pertinentes accessibles par les médecins et patients – avant que le problème ne survienne et que le patient doive se rendre à l’hôpital.

Mais des dispositifs médicaux sont aussi capables d’interpréter les données et fournir des recommandations. Cette vision changera la conception même de l’hôpital, qui sera de plus en plus « délocalisé ». Les patients seront alors suivis de près par leurs médecins, grâce aux informations envoyées directement au corps médical par les dispositifs – comme un stent ou un pacemaker connecté.

On observera également une délocalisation en termes de personnel. Grâce à la télémédecine, les spécialistes mondiaux pourront être impliqués dans le soin des patients, là où se trouvent ces derniers, sans la nécessité pour le patient de se déplacer. Les informations pertinentes seront récoltées de manière digitale et le médecin pourra, à distance, prendre la meilleure décision pour son patient en fonction de sa pathologie.

Tout cela permet aussi de se concentrer sur les patients et les pathologies les plus critiques : là où la prévention n’était pas efficace, là où il y a d’autres facteurs imprévisibles, ou encore sur les patients hors normes.

Ce changement de norme – permis par la fin du monopole de l’evidence-based medicine – sera donc bénéfique à plusieurs égards :

– Pour les hôpitaux : ces derniers tendant à être évalués sur la base de leur succès, un patient qui ne revient pas au sein de l’hôpital est donc un patient pris en charge de manière optimale. L’institution médicale se concentrera sur les patients les plus critiques, ou les interventions en ambulatoire, pendant que les actes stationnaires et les maladies chroniques seront pris en charge en dehors des murs de l’hôpital via la surveillance à distance.

– Pour les patients : ils pourront bénéficier d’un meilleur suivi tout en restant dans leur environnement habituel. Un long séjour au sein d’un établissement de santé peut être anxiogène et peu pratique, notamment en zone rurale. Ils pourront également bénéficier de l’expertise de médecins spécialistes via la télémédecine – même si ces derniers se trouvent de l’autre côté du globe.

– Pour les finances publiques : économiquement parlant, les frais d’hospitalisation induits par le retour des patients précédemment traités représentent une charge pour l’Etat. Les nouveaux dispositifs médicaux, permettront un suivi personnalisé évitant le retour des patients mais aussi une meilleure prévention, via des changements de modes de vie, et donc une réduction des coûts.

Biographie

Franz Bozsak suit un cursus d’ingénieur en aérospatial à Stuttgart. Sa passion a commencé dès son plus jeune âge lorsqu’il a découvert La Guerre des Etoiles. Il s’est alors mis en tête qu’il construirait des vaisseaux spatiaux… Pourtant, à l’obtention de son diplôme, il réalise que le marché de l’aérospatial est fermé aux start-ups et qu’il ne pourra pas assouvir son désir entrepreneurial dans ce secteur-là. C'est sa rencontre avec Abdul Barakat, éminent chercheur sur les maladies cardiovasculaires qui bouleversera complètement le cours de sa vie professionnelle. Après avoir gagné plusieurs prix et s'être entouré d'une équipe spécialiste, il crée Instent en mars 2014.

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