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Place au développement – applicatif – durable

  • Sacha Labourey
    Fondateur de CloudBees

Nous sommes en 2030. Il y a 15 ans, notre économie industrielle reposait sur des versions arrêtées d’un développement produit. Les boxes internet, les voitures, les montres et autres objets de notre quotidien étaient figés dans une version correspondant à un laps de temps défini. La fin du support rendait obligatoire le rachat d’une nouvelle version logicielle tandis que l’obsolescence naturelle forçait à remplacer tous les objets du quotidien.

Ce fonctionnement était au cœur de nos modes de consommation, mais à la faveur d’un changement de paradigme, il a été bouleversé. Le supplément d’intelligence ou de fonctionnalité apporté par le logiciel est devenu la vraie valeur des objets. L’avènement de l’Internet des objets permettait de mettre à jour les fonctionnalités à distance de façon transparente, via le CPL, le WiFi ou les réseaux GSM, LTE, toujours plus rapides et performants. Effet secondaire presque inattendu, cette évolution de notre agilité technologique a stimulé la durabilité des objets du quotidien.

La transition réussie du secteur automobile

Si les acteurs du web et certaines industries lourdes telles que l’automobile avaient déjà amorcé le virage à l’époque, les autres secteurs ont dû s’adapter afin de fournir des objets qui pourraient se conserver plus longtemps, seraient remplacés moins souvent et produiraient donc moins de déchets.

La satisfaction des consommateurs et leur fidélité aux marques s’en est trouvée grandie et ils ont pu bénéficier d’objets plus évolutifs et intelligents, créant un véritable attachement pour ceux-ci. Cette évolution vers une consommation de services s’est traduite par la mise en place d’un nouveau modèle économique basé sur le développement – applicatif – durable qui s’est immiscé naturellement dans nos vies.

Le secteur automobile est un bel exemple de cette transition réussie. En l’an 2000, hormis les critères de taille, de forme et de couleur, l’acheteur pensait surtout moteur, sécurité et consommation. En 2015, les consommateurs ont commencé à se demander comment leur smartphone serait intégré à leur voiture pour se divertir et communiquer; ils s’inquiétaient des modalités du GPS : allaient-ils devoir effectuer les mises à jour manuellement ? Quid du système de sécurité électronique embarqué ? En cas de distraction du conducteur, la voiture était-elle capable de corriger sa trajectoire ? Autant d’interrogations oubliées depuis la généralisation des automobiles autonomes.

Nous sommes maintenant en 2030 et pour celui qui souhaite acheter une voiture, le logiciel est le principal critère de sélection, le seul à garantir un niveau de sécurité et de confort de conduite optimal. Pourtant ce changement a été progressif mais les pionniers industriels de l’époque tels que Tesla, en ont tiré avantage.

Peu après sa commercialisation, des conducteurs ont vu leur berline électrique Model S s’enflammer suite à un incendie de batterie après avoir roulé sur des débris métalliques présents sur l’autoroute qui avaient perforé le châssis et provoqué un incendie de la batterie au lithium. Pour la première fois de l’histoire de l’automobile, Tesla a fait preuve de réactivité et a organisé une campagne de mise à jour à distance – via les réseaux de téléphonie – du logiciel pour tous les véhicules en circulation. Cette mise à jour a permis de limiter l’option d’abaissement du fond plat du véhicule sur autoroute pour éviter que l’incident ne se reproduise. Sans cette initiative salvatrice, imaginez le coût colossal engendré s’il avait fallu rappeler tous les véhicules concernés à l’usine et la perte de profit pour le constructeur. Au lieu de cela, une simple mise à jour logicielle ne nécessitant aucun déplacement de main d’œuvre a permis de maintenir une flotte entière sur le marché pour la plus grande satisfaction de ses clients. C’est aujourd’hui une pratique commune, mais en 2015 c’était loin d’être le cas. Imaginez qu’il fallait faire appel à un réparateur pour identifier une panne sur un téléviseur connecté !

Abandon de la version, fidélisation du client

Les entreprises de tous les secteurs ont dû apprendre à réorienter leur stratégie pour repartir sur la base d’un modèle informatisé piloté par des logiciels. La plupart des leaders de l’industrie ont compris l’importance de cette démarche pour leur rentabilité à long terme et ont pris conscience que business et IT étaient devenus indissociables.

Les consommateurs ont eux aussi suivi la tendance et changé leur manière de consommer les objets grâce à l’intelligence que les fabricants ont réussi à y intégrer. Certes ceux-ci ont dû faire quelques concessions. Au sein du processus de fabrication des objets connectés, l’attention se porte plus sur la qualité du développement logiciel en mode déploiement continu que sur un design avant-gardiste ou sur les effets de mode. Les constructeurs proposent désormais des produits plus esthétiquement consensuels mais qui offrent une telle puissance et fluidité logicielle que l’utilisateur n’a plus à se soucier des mises à jour ou bugs éventuels.

La plupart des industriels ont abandonné le principe de la version (iPhone 4, 5, 6) pour embrasser celui du service et du « méta-matériel ». Le matériel, a évolué et a pu être adapté par mises à jour incrémentales, via la transmission de métadonnées par imprimantes 3D : les éventuelles modifications matérielles liées à l’évolution des besoins ou des modes se font par auto-impression des adaptations, en ne changeant que le strict nécessaire. C’est le prix de la fidélisation du client, peu soucieux d’aller voir ailleurs pour peu que son service et son matériel, perpétuellement à jour, reste conforme aux standards du marché.

Terminés les retours de produits défectueux ou les allers simples vers la poubelle, les clients, en acquérant ces objets, achètent un service logiciel qui leur permet de profiter à 100% des atouts de leur acquisition pour longtemps, tout en participant au maintien d’un environnement moins pollué par les déchets matériels.

Biographie

Sacha Labourey est né à Neuchâtel, en Suisse et est diplômé de l'EPFL. C’est pendant ses études qu’il crée sa première société de consulting : Cogito Informatique. En 2001, il rejoint le projet open source JBoss de Marc Fleury comme premier contributeur et met en œuvre les fonctions de clustering originales de JBoss. En 2003, Sacha fonde le siège européen de JBoss et développe la stratégie et les partenariats qui ont contribué à stimuler la croissance de l'entreprise. En 2005, il est nommé directeur technique de JBoss, Inc. Après l'acquisition de JBoss par Red Hat en 2006, Sacha reste CTO de JBoss et joue un rôle crucial dans l'intégration et la commercialisation de JBoss au sein des offres Red Hat. En 2007, Sacha devient co-directeur général de la division middleware de Red Hat qu’il quitte finalement en Avril 2009 pour créer CloudBees en Avril 2010.

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