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Usages

2030, une société algorithmique

  • Thierry BEDOS
    Directeur général de SAS France

Le développement accéléré des technologies analytiques et de l’Internet des objets suscite deux réflexions essentielles pour les années qui viennent : quel avenir pour le travail ?

Et comment garantir la sécurité de cette société techno-dépendante?

A l’heure où les technologies évoluent et refaçonnent en permanence notre quotidien, l’exercice de se projeter dans 15 ans relève de la gageure. Internet des objets, imprimantes 3D, machine learning et intelligence artificielle sont par exemple à l’origine d’avancées incommensurables. Or, ces technologies ne relèvent pas de la réalité de demain, mais bien de celle d’aujourd’hui. La principale conséquence de cette maturité technologique va se traduire par le rôle de plus en plus prépondérant des algorithmes dans nos vies quotidiennes et notre économie mondialisée.

Des algorithmes communicants, au-delà des silos

Si l’on se base sur ce que l’on connaît aujourd’hui, les algorithmes vont améliorer encore la personnalisation et le dialogue entre les consommateurs et les marques ; optimiser de nombreux processus, depuis la logistique jusqu’au service client ; et offrir la possibilité aux entreprises de se projeter en expérimentant de multiples scénarios d’avenir.

A l’image des technologies, devenues en quelques années, de plus en plus communicantes, jusqu’aux applications de nos smartphones qui se sont mises à mutualiser leurs informations pour offrir de nouveaux services, les algorithmes vont bientôt être capables de communiquer avec d’autres algorithmes, partager des informations et déclencher des actions en temps réel en fonction des données qu’ils consomment. En pénétrant toutes les strates de nos vies, des loisirs au travail en passant par l’éducation, les algorithmes vont contribuer à casser les silos entre les entreprises, les administrations et le foyer, pour faciliter nos échanges et créer une « intelligence » ambiante.

La sécurité : l’impératif de la confiance

Conséquences de la montée en puissance des algorithmes, deux questions me semblent essentielles pour se projeter dans l’avenir. La première concerne la sécurité d’une telle société techno-dépendante, où chaque processus et objet est potentiellement connecté et donc à la merci de hackers et autres terroristes. Contre les risques de prises de contrôle des outils de production, moyens de transports, ou instruments médicaux, gagner et conserver la confiance des citoyens-consommateurs passera impérativement par une protection étendue des systèmes et des données qu’ils contiennent.

Repenser le travail

La seconde question qui me semble cruciale concerne l’avenir du travail, lui-même. On le voit tous les jours, la transformation numérique fait muter les usages, mais fait aussi et surtout évoluer le travail lui-même. Via une automatisation sans précédent de processus toujours plus élaborés et la création de nouveaux modèles économiques. Analyser cette évolution est l’objet du rapport que le Conseil national du numérique a remis début janvier à la Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Myriam El Khomri.

Nombre d’études prévoient qu’en 2030, il n’y aura pas d’emploi pour tout le monde. Est-ce la fin du Travail ? Bien sûr que non ! La société ne sera vraisemblablement plus basée sur l’économie de l’emploi, mais sur un autre système. Difficile de savoir si nous prendrons notre retraite à 40 ou à 75 ans, ou si l’emploi commencera à 14 ou à 26 ans… A l’heure où, plusieurs pays, comme la Finlande, réfléchissent aux bénéfices de l’instauration d’un revenu universel, la question est bien de comprendre aujourd’hui quelles seront les formes de contribution d’un individu à une société.

Ces projections annoncent-elles un monde de fainéants ?

Evidemment non. L’innovation va continuer à se développer et les individus mettront à disposition leurs compétences, leurs talents, leurs passions, de la manière et au moment où ils le souhaitent, ou lorsqu’ils disposeront d’un contrat avec un « entrepreneur ». L’avenir est clairement à la co-création, aux communautés d’innovation. On le voit avec la montée en puissance de l’économie du partage et de l’économie collaborative, dont le principal carburant est justement les technologies de l’information.

Nul déterminisme ne préside à ce futur monde du travail ou à notre cyber-vulnérabilité dans 15 ans : les entreprises ont bien sûr leur mot à dire dans ce débat. Faisons-leur confiance pour mettre au point avec le législateur les garde-fous et bonnes pratiques qui contribueront à façonner le monde de 2030. Cette réflexion doit être initiée dès maintenant, car l’enjeu est bien d’appréhender comment ce nouveau modèle de société peut fonctionner pour rester dans une dynamique viable financièrement et socialement, respecter des engagements écologiques, fonder une société sur des droits et devoirs justes et acceptables.

Biographie

Thierry Bedos a été nommé à la tête de la filiale française de SAS en mars 2015. Il a auparavant exercé dans le monde des applicatifs d’entreprise (ERP, CRM) et de la sécurité informatique (Intel, McAfee). SAS est leader mondial de l'analytique. Grâce à ses logiciels innovants pour l’analytique, la business intelligence et le data management ainsi que ses services associés, SAS aide ses clients sur plus de 75 000 sites à prendre rapidement les meilleures décisions.

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