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Usages

La donnée, c’est dépassé !

  • Laurent Campagnolle
    Fondateur de l’atelier Résonances

Que pèsent quelques années d’intelligence artificielle face aux vingt mille ans d’intelligence naturelle embarquée dans l’homo sapiens ? Que vaut l’interface numérique sans l’interface connectée, toujours à jour, de nos sens, de notre sensibilité, de notre imaginaire ? Avant de s’extasier sur la première machine capable, en 2030 (ou jamais) de sécréter de l’inconscient, de l’émotion et du désir, il est temps de se reconnecter à notre force d’être.

États limites
2015 ou 2030, même combat. Nous vivons déjà aux limites de nos capacités cognitives, immergés que nous sommes dans la mélasse du tout connecté avec tout : êtres, objets, technologies, processus… « Devant le flux d’informations, le cerveau est en danger. Il faut trier le futile de l’utile, sous risques de troubles »(1), met en garde Pierre-Marie Lledo, neuroscientifique, directeur du laboratoire Gène et conscience au CNRS.

2015 ou 2030, même constat. Le champ numérique englobe nos moments, nos échanges, nos identités personnelles et professionnelles, notre place et notre rôle dans la société. Dans cette réalité à la fois augmentée et atrophiée, comment rester porteur de nos convictions, intuitions et singularités ? Comment faire face à la toute puissance des traçages, profilages et autres analyses prédictives ?

Si l’on transpose cette perspective à la lumière du débat sur l’énergie, où trouver le juste milieu entre le retour à la torche (couper délibérément et systématiquement tout accès aux usages numériques) et le tout nucléaire (s’ensevelir corps et âme dans le vague du digital) ? Ma conviction est que cette ressource existe déjà en nous et que nous l’utiliserons de plus en plus.

Être (re)connecté
Cette ressource de sens, qu’on appelle intuition, émotion ou sensorialité, agit comme un stimulant et un facilitateur de la connaissance, de la relation, de l’innovation, de l’action. « L’émotion facilite la connaissance par les processus de perception, d’attention, de mémorisation et de décision qu’elle enclenche »(2), explique David Sander, chercheur à l’université de Genève. Par l’interaction simultanée de tous nos sens, l’émotion est une préparation à l’action, une pensée incorporée.

Dès lors, en quoi 2030 serait-il différent de 2015 ? La reconnexion à notre intuition aura-t-elle atteint les décideurs politiques et économiques, les aménageurs d’espaces (architectes, urbanistes), les manageurs et travailleurs, les enseignants et les éducateurs ? Aurons-nous réappris à écouter ce qui se passe dans nos émotions, nos croyances, nos décisions ? Serons-nous conscients de la puissance de ce « réseau à très haut débit », de cette ressource inépuisable qui s’accroît à chacune de nos interactions personnelles et professionnelles ? Comme le résume Pierre-Marie Lledo : « La résonance émotionnelle permet de partager entre humains. L’inconscient est la base de décisions fiables. Le désir est une force »(1).

Il ne s’agit donc pas de lutter contre l’intelligence artificielle mais bien de l’associer à notre intelligence naturelle et sensible. De raccorder ce qui fait partie du même monde, un monde dans lequel notre place en tant qu’humain est à renforcer si nous ne voulons pas finir en jouets de nos objets programmés.

Bibliographie

(1) Conférence prononcée au Medef Gironde, en octobre 2014.
(2) Congrès Sensory à Tours, en juin 2014.

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