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Usages

La santé, la prévention et le nouveau métier du médecin

  • Caty Ebel Bitoun
    Présidente d'ACVFIT

Pourquoi le monde de la médecine a-t-il tant changé en 2030 ? C’est en fait la place de la prévention qui a changé et tout remis en question.

En 2016, la médecine occidentale s’appuyait encore énormément – beaucoup trop sans doute – sur la récupération de données. Traditionnellement, le médecin a toujours prescrit des analyses complémentaires pour affiner un diagnostic. Les objets connectés n’ont fait que pousser cette logique vers le temps réel, directement dans les foyers des patients. Mais l’ont sait, plus encore aujourd’hui qu’à l’époque, que de plus en plus de données, ne sont pas forcément synonyme d’une meilleure qualité de compréhension, chez le patient bien sûr, mais également chez le praticien.

Depuis cette omniprésence technologique, nous avons également assisté à un retour de balancier vers une place plus centrale de l’humain. L’avancée technologique a été remise à son rôle d’accélérateur : gagner du temps sur l’analyse pour avoir l’occasion de favoriser les échanges entre le médecin et le patient, et de personnaliser le suivi thérapeutique.

Ce mouvement a fait la part belle à l’humain, permettant de se concentrer sur la prévention.

En effet, dès 2015, il était devenu possible de détecter un cancer en observant la multiplication des cellules concernées. Ces observations étaient cependant réalisées bien en aval, amenant des conclusions tardives. Mais dans une optique de prévention, il est tout à fait possible de traiter beaucoup plus tôt de tels maux, afin de limiter leur impact. On peut également viser à ce titre la disparition de certaines maladies chroniques ou liées au vieillissement comme l’hypertension, le déclin cognitif, voir les démences.

Depuis des années, nous savons que nous vivons de plus en plus vieux et que la technologie accompagne ce mouvement. Avec cette évolution de la médecine, il n’est plus seulement question de vivre vieux, mais également de vivre en bonne santé. L’impact sera énorme sur notre bien-être, mais également sur la solidité de notre sécurité sociale.

Dans un second temps, des réductions de coûts pourraient en effet survenir assez fortement :

Quand on demande le remboursement d’un médicament, ou même d’un device de santé, on regarde l’efficacité par rapport à l’existant, mais pas assez le coût pour la santé publique. Un cut off serait bien plus adapté : il faut regarder combien a coûté la R&D ? Comment amener au juste prix ? En France, la même molécule qu’à l’étranger peut être vendue 2 à 3 fois plus cher car les laboratoires doivent négocier avec toutes les autorités de santé.

De plus si on est dans une optique de prévention plutôt que de seule guérison, on offre l’opportunité de varier les approches et les modèles, ce qui amènera obligatoirement des nouvelles idées, des réflexions supplémentaires chez les industriels et donc, par le mécanisme de concurrence, une baisse des prix moyens.

La vraie question cependant est beaucoup plus subjective : comment motiver les individus à entrer dans cette logique ?

L’important c’est qu’ils se rendent compte combien coûte réellement la santé. Il faut des récapitulatifs de ce que coûte réellement un médicament, une hospitalisation et de ce que paye l’Etat dans notre système – quitte à faire signer un document attestant que l’on comprend ce coût.

Aujourd’hui, en 2015, on est dans le nombrilisme et le quantified self. C’est une approche bien-être et sport, très proactive, qui peut évoluer vers quelque chose de bon pour le reste des cas. En 2030 cela aura complètement changé, une perception différente de la santé, de ses coûts, de ses implications, aura provoqué des évolutions, notamment au niveau de l’usage que l’on fera des données et de ce que chacun en retirera.

Toutefois, la sensibilisation sur les coûts n’est pas le seul facteur en compte. Il est important de faire voir et comprendre à un patient ce à quoi il peut échapper. Par exemple, la démence. Montrer le mal, montrer comment un simple dépistage peut permettre de repousser ou d’éviter complètement des problèmes graves, plus vieux.

Aucune contrainte ne peut fonctionner sur ces sujets, c’est une communication intelligente qu’il faut faire. Une communication qui touche les individus en amont, quand ils ont 20 ans pour prévenir les problèmes qu’ils auront à 40, 60 ou 80 ans. C’est là que tout se joue. Il faut fournir des exemples.

En 2015, le depisatage du cancer de la prostate est clairement insuffisant. C’est un simple courrier de la part de la sécu, aussi vite oublié. Avec de meilleurs normes et façons de faire, cela pourrait prendre une toute autre dimension. Si tout le monde s’y met, les gains sont tout simplement énorme pour tous. L’équilibre à trouver est entre le côté anxiogène de la santé, et le côté trop détaché que peuvent avoir de jeunes personnes par rapport à leur futur-moi.

D’un point de vue technologique, l’analyse des données, en mode big data, permet de mieux saisir les contextes, les causes des maladies. Les objets connectés, de plus en plus intégrés et transparent dans le quotidien (lit, brosse à dent) seront eux aussi un atout majeur. Il n’y aura pas d’action, de caractère anxiogène de la donnée dans ces approches. Ces données seront à disposition, comme « une carte d’identité » et le médecin bénéficiera lui d’un accompagnement algorithmique pour ne se concentrer sur l’essentiel, là où en 2015, il se retrouve à analyser une masse d’information qui ne l’aide pas beaucoup et ne compte pas spécialement sur le rapport humain.

En 2015, les efforts sont passés sur la capture de données, à transformer ensuite en information. Cela conduit à une réflexion très limitée dans le temps et surtout à des échanges très limités avec le patient autour de la prescription (dans une consultation).

En 2030, le médecin « prescrit » moins et se concentre sur la discussion autour des modes de vie et le conseil. Le patient est beaucoup moins passif, il peut comprendre sa santé, échanger et ne se retrouve pas « seul » à suivre un traitement.

La technologique qui décharge le médecin lui permet de se concentrer sur les facteurs environnementaux, de mode de vie, de système de valeur qui influe sur la vie d’une personne et donc sa santé. D’autant plus qu’en 2015, on sent beaucoup de méfiance vis-à-vis de la médecine et des médicaments…

Le médecin exerce un nouveau métier, répond à de nouvelles attentes. Les acteurs de l’écosystème santé vont évoluer, vont échanger très différemment entre eux. Ces approches existent en 2015, mais sont extrêmement light.

L’opportunité est laissé par les jeunes médecins qui encombrent beaucoup moins leurs cerveaux, ils ne récitent plus le Vidal par cœur. Tout passe par la techno. Mais le gap est vraiment sur le societal, plus que sur la techno. En 2015, des cours d’annonce, d’éthique plus poussés qu’avant grâce aux associations de patients notamment. Mais quelle valorisation pour le métier de médecin et comment utiliser son temps ?

Télémédecine, prévention ne sont pas remboursés en 2015, seulement quelques actes de soin. La rémunération du corps médical est un levier fort du changement vers l’objectif prévention.

Biographie

Caty Ebel Bitoun est Présidente de ACVFIT (Active Community for Value and Fit), plateforme en prévention de santé numérique pour les seniors actifs, qui accompagne à la transformation numérique de notre société, smart cities et Big Data et de HelpAging (Société accompagnant le changement dans les parcours de soins). Docteur en médecine, diplômée de Sciences Po Paris et de Pharmacoéconomie, Caty Ebel Bitoun a exercé la médecine sous toutes ses formes : en cabinet de ville, à l’Hôpital en France, et dans l’industrie pharmaceutique en tant que Directrice Médicale au niveau Europe et International des grands groupes comme Janssen Cilag, Novo Nordisk, Pfizer ou Hospira. Très innovante et stratégique, Caty Ebel Bitoun décide de créer en 2014 avec son associée Veronique Brunais Le Pautremat, docteur en pharmacie, ACVFIT dans la santé connectée pour donner l’impulsion vers la médecine de demain et le web 3.0.. ACVFIT a obtenu en décembre 2014 l’agrément d’entreprise sociale et solidaire (ESS), est labellisé FinTech dans la filière assurance et est lauréat du réseau Entreprendre 92.

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