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Usages

Les smart cities au prisme de la sécurité

  • Mathieu OUAGAZZAL
    Chargé d'étude sociétale en stratégie et prospective

Dans le but d’assimiler et devancer les difficultés macro-sociales auxquelles les villes font face, les industriels de la ville connectée se sont rapprochés des pouvoirs publics locaux et nationaux. Suite à ce dialogue, les smart cities ont convaincu les responsables politiques de leurs bienfaits et commencent à se développer. Néanmoins, les risques sécuritaires viennent freiner leur émergence.

Connecter les villes pour maximiser les sources de données
La numérisation croissante des sociétés développées génère de plus en plus de traces et métadonnées sur nos activités. L’exploitation de ces données massives entraîne innovations, gains de productivité et amélioration des services publics. En somme, le big data permet de connaître en détail un marché ou une population. C’est pourquoi ceux qui détiennent et arbitrent l’accès aux données savent satisfaire les besoins des consommateurs ou des citoyens et sont devenus des acteurs dominants. Les données dopent l’efficacité. Par conséquent, l’ensemble des structures, privées comme publiques, ont dû mener une restructuration stratégique vers la collecte et le traitement de données pour ne pas se laisser distancer dans une économie largement basée sur la connaissance. L’économie de la donnée a poussé les entreprises à rechercher toujours plus de datas, devenues la principale source de valeur économique. Pour les obtenir, il a fallu équiper de capteurs les endroits où nous passons le plus de temps : les transports (véhicules connectés) et surtout l’habitat (villes intelligentes).

Comment les smart cities s’imposent
Les smart cities se sont d’abord appuyées sur les cadres urbains connectés de l’économie mondialisée en vantant l’avant-gardisme technologique comme avec Quayside, le quartier construit par Google à Toronto. Toutefois, les entreprises de l’urbanisme intelligent ont également dû intégrer à leurs travaux de R&D des solutions pour les publics citadins moins branchés, comme les seniors, les précaires ou les migrants, dont l’essentiel des effectifs vit dans les grands centres urbains. Les tenants des villes intelligentes ont fait valoir leurs positions en proposant des innovations technologiques qui répondent aux nouvelles contraintes et complications urbaines, parmi lesquelles la surpopulation, le vieillissement, la pauvreté ou la pollution. Cependant, la principale préoccupation des entreprises du secteur a été de concevoir des produits qui facilitent la vie quotidienne des usagers pour proposer le plus vite possible leurs solutions sur le marché. Dans cette compétition industrielle pour équiper les centres urbains de nouveaux services numériques, la sécurité a été mésestimée.

La ville connectée multiplie les vulnérabilités
Les grandes villes, avec leur forte densité de populations et d’activités, abritent la plupart des centres décisionnels et sont pour les nations les portes d’entrée de l’économie mondiale. La concentration des risques dans des espaces stratégiques aussi resserrés les rends d’autant plus sensibles et exposés à la menace, qu’elle soit accidentelle ou malveillante. La smart city, avec l’IOT et l’habitat connecté, multiplie les vulnérabilités. Plus il y a de pans de la vie citadine connectés à la ville intelligente, et plus les réseaux sont nombreux à s’y croiser, plus les enjeux s’accumulent. Les communications, les transports, la finance, la santé ou l’énergie sont désormais gérés par des réseaux. Ces systèmes de contrôle industriels sont des cibles pour qui voudrait paralyser une ville. Quant à l’internet des objets, il reste peu sécurisé. Tout périphérique connecté à internet peut être hacké et détourné par des personnes non-autorisées. Un certain nombre de ces appareils, qui équipent la voiture, la maison voire le corps humain, engagent directement la sécurité des citadins. En décuplant les capacités d’intrusion sur les réseaux domestiques, on décuple la capacité des cyber-armes d’avoir des conséquences bien réelles et matérielles.

Pour 2030, aller au-devant des difficultés sécuritaires
D’ici 2030, les hackers auront accès aux mêmes cyber-armes que les Etats-nations. Animés de motifs idéologiques ou crapuleux, ils tenteront d’exploiter les failles non anticipées des villes intelligentes. La menace est grande dans la mesure où la smart city multiplie les chemins d’accès à son réseau tout en accroissant sa dépendance à ce réseau. Il est donc essentiel pour les industriels de ne pas se lancer dans la course des smart cities sans concevoir prioritairement des solutions de protection des populations et des garde-fous face aux utilisations urbanistiques des technologies numériques (risques de piratages à distance, contrôle multi-opérateurs des systèmes, données personnelles). Les protagonistes de la ville connectée ont tout intérêt à penser leurs travaux en termes de sécurité et même à solliciter les administrations chargées de la sûreté publique pour coopérer avec elles en bonne intelligence et anticiper les risques inhérents à leurs ouvrages

Biographie

Mathieu OUAGAZZAL est chargé d’étude sociétale en stratégie et prospective au Ministère de l’Intérieur où il a la tâche de repérer, analyser et documenter les évolutions de la société et de la population françaises pour en anticiper les transformations à moyen terme. Il est par ailleurs spécialisé dans la sociologie électorale française et les transformations numériques des sociétés.

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