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Usages

Veiller à ne pas subir

  • François Hauser
    Directeur Associé de Neoxia

Il y a 15 ans, le concept de l’Euro existait mais la monnaie ne circulait pas encore, le minitel coexistait avec l’Internet de ses débuts, les nanotechnologies émergeaient et chacun y allait de ses prédictions notamment sur la nécessité de saisir le train en marche avant qu’il n’aille trop vite !

Aujourd’hui, le minitel est démonté depuis peu. Les nanotechnologies associées au numérique bouleversent nos repères qu’ils soient économiques ou sociaux, accélèrent exponentiellement les changements (en bien comme en mal), voire créent de véritables ruptures dans nos us, et … rendent les perspectives 2030 difficiles à imaginer avec fiabilité.

Et dans 15 ans, qu’en sera-t-il ? L’homme bénéficiera de la fée électricité de plusieurs manières différentes ; Thomas Edison, seulement cent ans après sa mort n’en croirait pas ses oreilles… d’autant qu’il était devenu sourd (et qu’il ne le serait certainement plus aujourd’hui !) :
– Il s’habillera de tissus en nano-fibres (pas en nano-tubes) générant par la chaleur de son corps de l’électricité indispensable à ses prothèses dont le fameux mobile mais pas seulement : fini le paraplégique, terminée la malvoyance, vive la médecine du XXIème siècle prolongeant la vie grâce au télédiagnostic, la téléalarme, la télélocalisation, etc.
– Il vivra plus vieux et plus confortablement (s’il en a les moyens) : terminés les traitements médicaux-chirurgicaux non personnalisés. Grâce aux nanos, aux télécoms et bien sûr aux électrons, la prévention sera chose commune, le médicament visera effectivement ses cibles en réduisant les effets collatéraux ; choses devenues courantes, la chirurgie sera bien moins invasive, adossée à des visions 3D « immersives » sans lunettes, mixant scanner, IRM, écho et autres imageries, commandées à la voix (incontournable en salle d’op) et aidée de robots (objet des aides actuelles pour la recherche), disposant communément d’imprimantes 3D au pied du patient pour créer « tailor-made » la prothèse personnalisée provisoire ou définitive à implanter.
– L’homme dans la cité bénéficiera certainement de véhicules électriques autoguidés à la demande (ce qui changera radicalement le modèle économique des constructeurs), sera connecté, guidé, voire, et c’est malheureusement la face à combattre dès maintenant, tracé (géolocalisé en permanence et de manière fine car au milieu d’une forêt de hot-spots) et contrôlé/piloté (par l’exploitation des « big data »), ce qui reviendra à sérieusement écorner sa liberté de se mouvoir comme de penser.
De plus en plus, nous entrerons dans une civilisation « uberisée » (terme consacré en si peu de temps !) où les loisirs (ou l’ennui) prendront implicitement le pas sur le travail ne serait-ce que grâce au temps gagné en transport physique devenu secondaire en regard des outils de télétravail de groupe, et où les tâches de base seront encore plus robotisées donc plus fiables.

Mais, en contrepartie de tout progrès numérique, toujours difficile à maîtriser, il est désormais trois risques :
– Les dictateurs de tout poil, comme leurs nervis, seront encore plus en embuscade, obligatoirement habiles et compétents en technologies et manipulations ; c’est là où le bât blesse car ils seront, une fois installés encore plus difficile que par le passé à combattre.
Dès aujourd’hui et pour préserver l’avenir bien au-delà de 2030, nous devons apprendre aux générations montantes à discerner informations de manipulations. Les nouvelles technologies en sont les outils car elles offrent la capacité de changer les méthodes d’enseignement : aux MOOCs, l’acquisition préalable des fondamentaux s’apparentant à la RIP (Réflexion Individuelle Préalable), et aux séances enseignés en groupe (à distance ou non), l’application concrète aux travers de TD, TP, retour d’expérience et autres.
– L’isolement ; l’on parlait au temps jadis de la solitude du pouvoir ! Aujourd’hui par analogie et encore plus en 2030, le numérique contrairement à toute attente peut contribuer à une forme d’autisme kinesthésique. Ce manque de rencontre et d’échange physique entre humanoïdes est préjudiciable à l’équilibre psychologique et à la vie sociale de chacun de nous, outre que cela ouvre la porte aux désinformations sans que l’on s’en rende compte …. ou trop tard !
– Le refus de vivre comme son temps, tout en sachant au fond de nous que cela est vain.
Gare à nos concitoyens peu ou mal formés !! Sans valeur ajoutée, la société numérique les rejettera socialement et économiquement, voire pire, elle en fera soit ses nouveaux esclaves, soit activera l’eugénisme.

En perspective de 2030, dès aujourd’hui préparons fermement nos enfants à être en position de « ne pas subir », telle la devise de Jean de Lattre de Tassigny lors d’un autre combat.

Biographie

Diplômé de l'Ecole Centrale de Lille, du CHEC et de l’IAE, François Hauser se définit comme un "passeur de savoirs". Il a commencé sa carrière dans le génie civil avant de basculer dans le conseil en système d’information. Après un parcours dans différentes entités conseil de grandes SSII, dont il assure la direction tout en conservant une activité de terrain, il crée plusieurs sociétés. Dans ce cadre, il est l’un des fondateurs, en 2000, de NEOXIA, cabinet conseil en transformation numérique, qu’il rejoint opérationnellement début 2008.

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