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Usages

Vivre la co-éducation

  • Jean-Christophe Chamayou
    Président de Lafayette Associés

Après une fin de XIXe siècle marquée par Jules Ferry et un enseignement obligatoire, premier ascenseur social, est apparu un XXe siècle, qui dans sa deuxième moitié a replacé l’élève au centre du système éducatif, en développant les pédagogies par projets, et en alternance. Enfin, nous connaissons un XXIe siècle où l’ère de la formation devient : où je veux, quand je veux, à tout âge et pour toutes les bourses.

Il y a trente ans les bases d’une véritable nouvelle révolution éducative étaient posées. Sans trop de bruit, sans grève et pourtant grâce au bon alignement de la technologie, de la réglementation, du financement, de l’innovation pédagogique, elle permet aujourd’hui, une trentaine d’années plus tard, à Romain et Manon de vivre la formation autrement.

La formation tout au long de la vie devient une réalité

Romain, 40 ans, cadre dans une entreprise industrielle, a décidé de se reconvertir et de vivre à Bordeaux. Il souhaite devenir coach professionnel et pour cela il doit acquérir de nouvelles compétences. En accord avec son entreprise, il utilise une partie de son temps professionnel et de son temps libre pour suivre une formation diplômante reconnue par l’Etat et par la branche professionnelle dont dépend son entreprise. En effet, depuis une trentaine d’années, la formation est devenue un droit (on se souvient du Droit Individuel à la Formation, le DIF), puis une obligation avec la réforme du 5 mars 2014 (1). La formation fait désormais partie du travail. Romain a ainsi, grâce aux financements cumulés sur son compte formation, pu accéder à la formation de son choix. Toutes les formations sont aujourd’hui accessibles à tous et à tout moment, seuls des prérequis de connaissances ou de compétences peuvent être nécessaires. La formation tout au long de la vie n’est plus seulement un concept, mais une réalité. La formation de Romain est individualisée, s’adapte à son profil et sa disponibilité grâce à une plateforme web qui évalue de façon dynamique son niveau et l’évolution de ses objectifs. C’est grâce à cette dernière qu’il peut accéder aux contenus, informations et expertises nécessaires à son projet, ainsi qu’à un accompagnement personnalisé, d’où il veut et quand il veut. Grâce au moteur « big data », les informations lui sont suggérées et leurs flux sont totalement adaptés à sa capacité d’apprentissage. S’il n’a pas été facile de changer de métier après 15 ans, reprendre ses études grâce à des outils d’ancrage mémoriel comme Domoscio est aujourd’hui d’une grande facilité. Apprendre est d’ailleurs devenu un véritable plaisir grâce notamment à l’utilisation de Serious Game, qui lui rappellent son enfance et qui l’ont presque rendu « addict » à son parcours de formation.

En parlant d’enfance, ce déplacement en province n’a pas perturbé l’éducation de ses enfants de 13 et 15 ans, qui depuis quelques années utilisent grâce au « cloud », les classes virtuelles où ils construisent leurs projets avec d’autres enfants des quatre coins du monde. Ils utilisent ce que l’on appelle l’apprentissage évènementiel, ou le bricolage. Ils apprennent ensemble en construisant, partageant, s’auto-évaluant, sous le contrôle d’un expert du sujet. Il y a toujours des diplômes validant les étapes et compétences, mais ils s’obtiennent tout au long de l’année et peuvent se passer à distance grâce à des plateformes d’évaluation et de contrôle.

Un « Fablab virtuel » de l’école

Manon, 20 ans, est étudiante en dernière année d’école d’ingénieur. Ses études sont financées par l’Etat et les branches professionnelles qui partagent désormais équitablement le financement de la formation. Elle est clouée au lit chez elle suite à une maladie. Elle poursuit ses études à distance grâce au Mooc (Massive Online Open Course) de la société OpenClass Room qui, associée depuis quelques années à la plateforme edx, propose des formations diplômantes totalement intégrées à celles de la plupart des écoles d’ingénieur et de commerce. Elle n’est jamais seule, travaillant en classe virtuelle avec des Chinois, Coréens et Américains. La langue d’échange est l’anglais, qu’elle parle couramment grâce à un apprentissage qu’elle a eu dès la maternelle, cependant des traductions automatisées et dynamiques sont disponibles. Elle partage son temps à distance entre ses cours, des projets et l’entreprise qui a pris en charge sa formation depuis deux ans car elle est en contrat d’apprentissage. Pour l’entreprise, comme pour les projets qu’elle partage avec les autres étudiants, elle utilise le « Fablab virtuel » de l’école. C’est une usine école virtuelle en 3D, reflet parfait de l’entreprise d’accueil de Manon. Cette dernière se retrouve, grâce à des lunettes 3D et un avatar à son image, à l’intérieur de l’usine et peut travailler avec son tuteur, et les autres collaborateurs de l’entreprise. Elle peut utiliser des machines à distance et fabriquer ses maquettes tant dans l’entreprise que chez elle grâce à des imprimantes 3D. Une plateforme lui permet de s’auto-évaluer régulièrement et ainsi de pouvoir demander conseil à des experts des quatre coins du monde et donc 24h sur 24. Une évaluation par ses pairs, le partage constant des connaissances, ainsi que la prise de conscience que ses compétences étaient utiles à distance ont créé un véritable sentiment d’appartenance tant à cette classe virtuelle qu’à son entreprise.

Ces deux exemples de parcours nous montrent comment ces trente années ont révolutionné le concept même de formation. Cette révolution éducative stimulée par les innovations technologiques et pédagogiques est surtout culturelle : moins d’élitisme, plus de savoir partagé, la valorisation de toutes les compétences…vivre la formation en 2030 c’est vivre la Co-Education.

Bibliographie

(1) La loi du 5 mars 2014 est relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale

Biographie

Diplômé de l’ESICI, il effectue son début de carrière dans l’informatique. Il créé à 28 ans en 1991 sa première société le Groupe Elitis revendu en 2007. En 1992 il fonde l’Ecole Euridis des Ingénieurs Commerciaux en Informatique .Investisseur et administrateur de plusieurs sociétés dans le service aux entreprises et l’édition de logiciels, il est aujourd’hui fondateur et président du cabinet Lafayette Associés qui accompagne les grands établissements d’enseignement supérieur et branches professionnels dans la mise en œuvre de leur politique emploi-formation. La société compte 11 salariés et réalise un CA d’1 M€. Il intervient à Centrale-Supelec sur l’innovation des modèles économiques.

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